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Humeurs bigarrées

La brillante idée d'Albert O. Hirschman

23 Décembre 2012 , Rédigé par humeursbigarrees Publié dans #De l'économie

Il a choisi la porte de sortie de ce monde. L'exit. Il nous a quittés le 11 Décembre de cette année. Et pourtant, cela s'est passé inaperçu. Transparent. Invisible. Et silencieux. C'est à croire que le monde s'émeut plus de la disparition des grands cons qu'il compte que des sages qui s'efforcent chaque instant de le rendre meilleur. Triste mais vrai.
Venons-en à son idée. Elle se résume à la question qui suit : "Comment penser, de manière simple, efficace et concise, les réactions des individus face au mécontentement ?" Client insatisfait de la qualité d'un produit, employé mécontent de son employeur, politique en désaccord avec les décisions de son parti ou femme insatisfaite de la teneur de son couple,... : comment réagissent-ils ?
Hirschman propose un modèle puissant pour élucider les réactions individuelles qu'il nomme : exit-voice. Avec ce modèle, il met en exergue trois réactions face à un mécontentement :

  • l’exit (défection, fuite, exil) : le consommateur insatisfait de la qualité d’un produit achète celui d'un autre producteur, l'employé mécontent de sa hiérarchie rend le tablier, la femme divorce, etc.
  • le voice (ou prise de parole, protestation, contestation, manifestation) : le client se plaint auprès du vendeur, l'employeur auprès de son supérieur, la femme engueule son mari, etc.
  • le loyalty (loyauté, fidélité) : le client ne fait pas défection, ne prend pas la parole, car il a confiance dans la capacité de l’entreprise à revoir rapidement la qualité de son produit ; le salarié, de même, sait que son employeur va pallier le problème qu'il rencontre ; la femme ne divorce pas, n’engueule pas son mari, elle a confiance en lui pour ce qui concerne de rectifier ses erreurs, etc.

Cet excellent modèle a permis à beaucoup de sociologues de parfaire leurs analyses concernant certains événements qui, a priori, sont paradoxaux. L'exemple le plus patent est politique : la massive virée de la gauche vers la droite d'un certain nombre de l'électorat français, les vives protestations dans les pays sous-développés concernant les conditions de travail et l'admirable "discipline" du travailleur japonais.
Ce modèle a permis aussi d'affiner les explications de ce fort taux de divorces, de nos jours. D'abord, il est clair que l’évolution du cadre législatif, l’évolution des mentalités, l’accès des femmes au marché du travail et donc leur plus grande autonomie financière, leur ont permis d’opter plus souvent qu'avant pour une réponse de type exit plutôt que de rester résignées, d’où la montée tendancielle du nombre de divorce.
S’agissant des salariés dans l’entreprise, plusieurs propositions peuvent être formulées : les salariés les moins qualifiés, donc les plus exposés au chômage, ne peuvent que difficilement opter pour l’exit, contrairement aux salariés les plus qualifiés. Ils seront donc plus enclins à des réponses de type voice, mais encore faut-il qu'ils puissent s’appuyer sur des organisations représentatives (syndicats). Dans le secteur industriel, de telles organisations existent, les protestations se développent rapidement en cas de mécontentement. Dans les services, c’est beaucoup moins le cas, les syndicats sont peu présents, les salariés ne peuvent très souvent que se résigner (exemple de la grande distribution).

 

Mais ce que Hirschman a omis n'est qu'une défection dans la perception de l'homme. Il est très réducteur et très simpliste de vouloir catégoriser, de manière systématique, les réactions individuelles face au mécontentement. En d'autres termes, il peut, dans la majorité, qu'une réaction soit la suite ou la conséquence d'une autre. Il est clair qu'il est plus plausible pour un consommateur d'attendre de voir si le producteur perfectionnera le produit pour décider de choisir le voice (protestation). Insatisfait encore, il sera presque évident que c'est l'exit qui s'en suivra.
S'agissant de l'épouse, l'idée est plus claire : quand Mme Y a épousé M. X, elle en était très éprise. Les défauts de son mari lui sont apparus peu à peu dans la vie quotidienne. Elle était déçue, mais gardait sa confiance en l’homme qu’elle aimait et prenait patience. Elle était loyale. En l’absence d’une amélioration sensible, Mme Y est passée des doux reproches aux scènes de ménage régulières, donc à la protestation. Faute de résultats tangibles, après quelques années, elle a envisagé de se séparer de cet homme décidément insupportable. Elle choisit de faire défection.

L'idée de Hirschman semble presque parfaite. Le fond y est. Mais la forme dénote quelques imperfections. Avoir oublié que les réactions peuvent passer de loyalty vers le voice pour finir par l'exit a été l'erreur de mise en forme du modèle. Et il n'est toujours pas dit que ce ne peut être complété ; d'aucuns introduisent une quatrième et une cinquième réactions que je développerai bientôt : le sabotage et l'apathie.

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De l'autorité divine ou de la liberté satanique

22 Décembre 2012 , Rédigé par humeursbigarrees Publié dans #Réflexions spontanées

On a souvent tendance à appréhender de la plus mauvaise des façons les questions qui nous taraudent. La croyance que la weltanschauung n'est claire et juste que si on le prend sous une perspective "manichéiste" apparaît à chaque bout de champ. Il s'agit alors de diviser le monde. Prendre un mot puis l'opposer à son antonyme. Bien ou Mal. Con ou sage. Blanc ou noir. Heureux ou malheureux. Parbleu ! Ce n'est pas parce que je ne suis pas heureux qu'en conclusion je suis malheureux. Ce sont des raccourcis de l'esprit qui peuvent nous coûter la vie. Et si l'on essayait d'être attentif aux détails ? Car il me semble que les choses sont si fines d'analyse qu'une combinaison de mots uniquement ne peut sonder...

L'homme moderne donc s'est incessamment efforcé de faire avancer le Schmilblick sur une question qui, même dans sa composition syntagmatique, pose problème : "Peut-on être libre en se soumettant, donc en croyant, à une divinité ?" Il y a un arrière-goût, une chose qui cloche, un bout de cette question qui me reste sous la dent. Et c'est sûrement cette idée, celle qui leurre presque toute l'humanité, celle-là qui a fait saliver des tonnes de penseurs, des siècles durant, celle qui est au centre de la pensée humaine, dont Paul Valéry disait être "l'un de ces détestables mots qui ont plus de valeur que de sens". Je parle bien évidemment d'elle : la liberté. Il me serait insupportable de faire un exposé sur ce qu'elle peut être. Que ce serait ennuyeux ! On serait tenté de n'être plus libre que de la définir, de lui trouver un sens. Toutefois, il n'est pas toujours impossible d'en parler sous cet angle. La croyance. La religion. La spiritualité. Toutes ces artilleries pour flinguer l'énigme qui se cache derrière le concept. 

Je parcourais il y a quelques jours un réseau social où deux quidams discutaient à peu près sur la question. Les idées tombaient. Les deux soldats ripostaient chacun à son tour quand l'autre achevait de le frapper à coups d'arguments. Il y eut des cris. Des os cassés. De la salive partout. Et du sang qui giclait sur le mur de ce réseau social. Je vous expose le combat d'idées.

L'un affirmait substantiellement qu'il préférerait ne pas croire en Dieu que de n'être pas libre, au bout du compte. Son explication est simple et obsolète : les dogmes. On ne peut vivre libre en se soumettant à une divinité avec des dogmes ; s'y soumettre est une forme de consentement esclavagiste. Vivre libre donc équivaudrait à se départir de toute forme de soumission à des dogmes. Car, selon lui, cela restreignait notre marge de manoeuvre, notre possibilité de faire ce que l'on veut, ce que l'on désire. L'homme qui a sa raison et son libre-arbitre ne devrait pas donc être contraint de se limiter à vivre avec des dogmes imposés par un supposé Être supérieur. 
La réponse de l'autre ne se fait pas attendre : "Il n'y a d'autorité sans dogmes". Le coup envoyé était sobre, concis et pourtant très puissant. Il s'explique :
"Quelle liberté espérer si l'on n'est pas libre avec soi-même ? Quelle liberté espérer si l'on est prisonnier, jusqu'aux moelles de l'os, de nos désirs ? Cela n'est pas possible. Cette liberté, tu ne l'auras pas. Espérer seulement, sans pour autant l'avoir. Car Satan vous fera croire que la seule façon d'être libre, c'est d'accepter de vivre dans sa demeure. La demeure du désir. La demeure de la satisfaction des pulsions. Résultat ? On finit par être dépressif, incohérent avec soi-même, chercher désespérément et constamment le bonheur que l'on ne pourrait goûter que par petits instants. Solution ? Vivre avec la foi. Croire en Dieu. Et se soumettre à son autorité. Car il ne saurait nous dicter ce qui pourrait nous nuire. Les dogmes, donc, apparaissent comme une sorte d'orientation qui nous évite de tomber dans le piège des chiffres, de la quantité et de la chair. Il vaudrait alors se soumettre à cette autorité divine que de poursuivre une liberté satanique que l'on n'atteindra jamais."

C'était dit ! Le sang coulait par terre. Mais l'autre guerrier refusait de lâcher l'épée. Ah ! L'homme... Toujours montrer sa supériorité par le débat. Et ainsi, ils s'aventuraient à discuter sur des questions qu'eux-même ne pourront apporter des réponses pertinentes : "Comment définis-tu Dieu ? Satan ?", "Es-tu organique ou mécanique ?", etc. Je vous épargne la suite. 

Et si vous tiriez votre coup de fusil, qu'on en finisse pour de bon ? 

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Sulfureux retour

18 Décembre 2012 , Rédigé par humeursbigarrees Publié dans #Bref...

 "Fermez-la. A tout jamais. Ceci n'est pas un dialogue." Dieudonné, Rendez-nous Jésus.

Je ne sais par quelles fulgurances l'idée de reprendre ce blog est venue à son propriétaire. Ces lieux étaient devenus fades. Austères. Ici sentait le poisson frais. Un poisson frais qui a dû rester une éternité, pourrissant en l'absence de lumière. Non. En fait, soyons plus sérieux. Ici sentait le pont-levis sec. Resté trop longtemps sans être pénétré par une pine de pensées fertiles. Des âmes perverses sont même allés jusqu'à soutenir que la sensibilité de son détenteur à toutes les sollicitations du monde extérieur avait disparu. Ils n'ont pas tout à fait tort...
Cette année a été l'Âge d'or de la Bêtise. Abondance des crêtes, de surcroît jaunes. Les cons avec toute la liberté possible. La race moranienne en expansion. La Femme dupée par son excès de désir de plaire : maquillages frôlant "les guignols de l'info", démarches de pingouin, jargon effronté. L'homme dans tous ses excès, etc. Cette année devrait marquer, pour le bien de l'humanité, la fin du monde...
Quelle attitude adoptée face à lui ? L'ironie. Marque d'humour. Ce dernier, lui-même, qui permet de rire de la réalité pour mieux la supporter.
Toutefois, subsiste un souci. L'ironie est un bien bel accoutrement quand il s'agit de l'oralité, par contre, à l'écrit, elle est souvent à l'origine de très nombreuses méprises et de confusions et pour cause, l'écriture ne donne pas le ton, à moins d'user d'une ponctuation particulière, excepté cela, l'écriture fige, cristallise le champ lexical de nos émotions, elle trouble la clarté de nos humeurs. L'ironie est connivence, complicité entre deux interlocuteurs minimum, sans cela, elle n'est perçue que par celui qui en fait preuve et l'ironie prend les teintes du dédain et n'est plus de facto ironie. Si l'ironie n'est pas comprise par vis-à-vis, quel qu'il soit, alors le sens et l'utilité de ce trait d'esprit disparaissent. Je ne conclus pas mais je rajouterai avant de m'interrompre que les débats à distance ne sont guère propices à ce genre d’arôme de rhéteur. Ces réseaux où la raison ne fait plus d'ombre aux enfantillages, ne justifient leur présence divertissante que par leur absence de code moral, de règle d'éthique. Hélas, quand nous n'avons plus de socle commun, de contrat social inaliénable ou bien de chevalerie mutuelle, le débat et l'échange ne peuvent être que les piaffements résonnants de nos lâchetés égotistes. Alors, permettez-moi de saliver. De grommeler. D'exprimer mes humeurs bigarrées. Et enfin, d'ironiser. Tant mieux pour ceux qui ont instauré une complicité entre eux et moi.
Et quand vos pensées virevoltent sur ma tronche virtuelle, oubliez l’œil justificateur qui vient condamner votre libre spontanéité. Peu importe si vous vous éloignez du rivage, l'important est de barboter. Utilement. Les autres, allez piaffer ailleurs.

 

De retour donc...

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