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Humeurs bigarrées

de l'economie

Sur le krash de 1987...

22 Octobre 2013 , Rédigé par humeursbigarrees Publié dans #De l'économie

Alan Greenberg, CEO Bear, Stearns & Co, en réponse à des questions sur le krach boursier de 1987, deux jours plus tard :

"Stocks fluctuate, next question."

L'économiste Robert Shiller, co-lauréat prix Nobel 2013 :

"Investors had expectations before the 1987 crash that something like a 1929 crash was a possibility, and comparisons with 1929 were an integral part of the phenomenon. It would be wrong to think that the crash could be understood without reference to the expectations engendered by this historical comparison. In a sense many people were playing out an event again that they knew well."

 

D'autres citations, concernant le krash de 1987, peuvent être lus dans ce site. Ce qui fera saliver les férus de bêtisiers de l'économie.


Bon appétit.

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La brillante idée d'Albert O. Hirschman

23 Décembre 2012 , Rédigé par humeursbigarrees Publié dans #De l'économie

Il a choisi la porte de sortie de ce monde. L'exit. Il nous a quittés le 11 Décembre de cette année. Et pourtant, cela s'est passé inaperçu. Transparent. Invisible. Et silencieux. C'est à croire que le monde s'émeut plus de la disparition des grands cons qu'il compte que des sages qui s'efforcent chaque instant de le rendre meilleur. Triste mais vrai.
Venons-en à son idée. Elle se résume à la question qui suit : "Comment penser, de manière simple, efficace et concise, les réactions des individus face au mécontentement ?" Client insatisfait de la qualité d'un produit, employé mécontent de son employeur, politique en désaccord avec les décisions de son parti ou femme insatisfaite de la teneur de son couple,... : comment réagissent-ils ?
Hirschman propose un modèle puissant pour élucider les réactions individuelles qu'il nomme : exit-voice. Avec ce modèle, il met en exergue trois réactions face à un mécontentement :

  • l’exit (défection, fuite, exil) : le consommateur insatisfait de la qualité d’un produit achète celui d'un autre producteur, l'employé mécontent de sa hiérarchie rend le tablier, la femme divorce, etc.
  • le voice (ou prise de parole, protestation, contestation, manifestation) : le client se plaint auprès du vendeur, l'employeur auprès de son supérieur, la femme engueule son mari, etc.
  • le loyalty (loyauté, fidélité) : le client ne fait pas défection, ne prend pas la parole, car il a confiance dans la capacité de l’entreprise à revoir rapidement la qualité de son produit ; le salarié, de même, sait que son employeur va pallier le problème qu'il rencontre ; la femme ne divorce pas, n’engueule pas son mari, elle a confiance en lui pour ce qui concerne de rectifier ses erreurs, etc.

Cet excellent modèle a permis à beaucoup de sociologues de parfaire leurs analyses concernant certains événements qui, a priori, sont paradoxaux. L'exemple le plus patent est politique : la massive virée de la gauche vers la droite d'un certain nombre de l'électorat français, les vives protestations dans les pays sous-développés concernant les conditions de travail et l'admirable "discipline" du travailleur japonais.
Ce modèle a permis aussi d'affiner les explications de ce fort taux de divorces, de nos jours. D'abord, il est clair que l’évolution du cadre législatif, l’évolution des mentalités, l’accès des femmes au marché du travail et donc leur plus grande autonomie financière, leur ont permis d’opter plus souvent qu'avant pour une réponse de type exit plutôt que de rester résignées, d’où la montée tendancielle du nombre de divorce.
S’agissant des salariés dans l’entreprise, plusieurs propositions peuvent être formulées : les salariés les moins qualifiés, donc les plus exposés au chômage, ne peuvent que difficilement opter pour l’exit, contrairement aux salariés les plus qualifiés. Ils seront donc plus enclins à des réponses de type voice, mais encore faut-il qu'ils puissent s’appuyer sur des organisations représentatives (syndicats). Dans le secteur industriel, de telles organisations existent, les protestations se développent rapidement en cas de mécontentement. Dans les services, c’est beaucoup moins le cas, les syndicats sont peu présents, les salariés ne peuvent très souvent que se résigner (exemple de la grande distribution).

 

Mais ce que Hirschman a omis n'est qu'une défection dans la perception de l'homme. Il est très réducteur et très simpliste de vouloir catégoriser, de manière systématique, les réactions individuelles face au mécontentement. En d'autres termes, il peut, dans la majorité, qu'une réaction soit la suite ou la conséquence d'une autre. Il est clair qu'il est plus plausible pour un consommateur d'attendre de voir si le producteur perfectionnera le produit pour décider de choisir le voice (protestation). Insatisfait encore, il sera presque évident que c'est l'exit qui s'en suivra.
S'agissant de l'épouse, l'idée est plus claire : quand Mme Y a épousé M. X, elle en était très éprise. Les défauts de son mari lui sont apparus peu à peu dans la vie quotidienne. Elle était déçue, mais gardait sa confiance en l’homme qu’elle aimait et prenait patience. Elle était loyale. En l’absence d’une amélioration sensible, Mme Y est passée des doux reproches aux scènes de ménage régulières, donc à la protestation. Faute de résultats tangibles, après quelques années, elle a envisagé de se séparer de cet homme décidément insupportable. Elle choisit de faire défection.

L'idée de Hirschman semble presque parfaite. Le fond y est. Mais la forme dénote quelques imperfections. Avoir oublié que les réactions peuvent passer de loyalty vers le voice pour finir par l'exit a été l'erreur de mise en forme du modèle. Et il n'est toujours pas dit que ce ne peut être complété ; d'aucuns introduisent une quatrième et une cinquième réactions que je développerai bientôt : le sabotage et l'apathie.

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